Le Medef pousse à son tour l’idée d’un allongement du congé paternité.

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Encourager les hommes à prendre leur congé de paternité, allonger ce congé afin que les pères puissent passer plus de temps auprès de leur bébé. Lancée en décembre 2010 par la CFDT-Cadres, l’idée vient d’être reprise –avec enthousiasme – par la présidente du Medef, Laurence Parisot. “On sent que l’on touche là à une aspiration forte. On se dit qu’à partir de cette idée, qui n’est pas très compliquée, on peut peut-être changer beaucoup de choses dans l’égalité hommes-femmes au sein de l’entreprise, mais aussi, plus profondément, dans toute la société.”

Le gouvernement semble, lui aussi, favorable à une réforme du congé de paternité.“Il faut casser certains stéréotypes, explique la ministre de la cohésion sociale,Roselyne Bachelot. Les hommes, eux aussi, sont capables de s’occuper de leurs enfants.” Le PS ne dira pas le contraire : dans sa “Convention sur l’égalité réelle”, il propose de remplacer le congé de paternité par un congé d’accueil de l’enfant, plus long – vingt jours – et mieux rémunéré.

Créé en 2002 par Ségolène Royal, qui était alors ministre de la famille du gouvernement de Lionel Jospin, le congé de paternité est désormais un droit. “Ce n’est pas au bon cœur de l’entreprise”, résumait à l’époque Mme Royal. Quelle que soit la nature de leur contrat de travail (CDI, CDD ou emploi saisonnier), quelle que soit leur situation familiale (mariage, pacs ou union libre), tous les pères peuvent bénéficier d’un congé de onze jours qui s’ajoute aux trois jours traditionnels d’absence autorisée lors d’une naissance.

“PARTAGER LES TÂCHES MÉNAGÈRES”

En 2004 – date de la dernière étude –, les deux tiers des pères prenaient leur congé de paternité. Les plus jeunes sont les plus motivés : 71% des 25-34 ans souhaitent passer du temps auprès de leur bébé contre seulement 58 % des pères de plus de 35 ans. Les fonctionnaires le prennent plus volontiers que les salariés du privé, sans doute pour des raisons financières : dans le secteur public, les pères bénéficient d’une indemnisation complète alors que dans le secteur privé la compensation n’est pas automatique au-delà du plafond de la Sécurité sociale (2 946 euros brut par mois).

Tous ceux qui souhaitent allonger le congé de paternité espèrent rééquilibrer les rôles au sein de la famille : le “travail parental” –une quarantaine d’heures par semaine – repose aux deux tiers sur les mères. “Si un jeune homme passe plusieurs semaines d’emblée auprès du bébé, c’est-à-dire au moment où la famille est en train de se constituer, il peut un peu plus partager les tâches ménagères et nouer un lien plus étroit avec le bébé”, explique Laurence Parisot.

L’allongement du congé de paternité permettrait également d’œuvrer en faveur de l’égalité professionnelle hommes-femmes. Aujourd’hui, les interruptions de carrière liées aux naissances provoquent, chez les femmes, de gros retards salariaux… y compris chez celles qui ne se sont pas arrêtées. Selon une étude de l’OFCE, ces femmes affichent ainsi des salaires inférieurs de 17 % à ceux de leurs collègues, comme si le soupçon du désinvestissement professionnel suffisait à ralentir leur carrière.

“RISQUE PARENTAL” RÉPARTI

Avec l’allongement du congé de paternité, la CFDT espère donc que le “risque parental” sera mieux réparti entre le père et la mère. “Tant que la jeune femme portera seule le risque potentiel d’une absence un peu longue pour cause de parentalité, elle ne pourra représenter, consciemment ou pas, le profil du cadre efficace et investi pour son entreprise ou son administration”, note le secrétaire général de la CFDT-Cadres, Jean-Paul Bouchet, dans un numéro spécial de la revue de sa fédération intitulé “Egalité, paternité, liberté”.

Beaucoup de chefs d’entreprise redoutent cependant un alourdissement de la facture sociale. Selon Monique Boutrand, secrétaire national de la CFDT-Cadres, l’allongement à deux mois du congé coûterait 1,5 milliard d’euros, soit 0,15 point de CSG ou une augmentation de la cotisation patronale famille de 0,225 point.

Pour évaluer avec précision ce coût, il faudrait cependant prendre en compte la réduction de la prestation d’accueil du jeune enfant entraînée par la présence du père, pendant deux mois, aux côtés de son bébé.

Les freins à cette réforme ne sont pas uniquement financiers, ils sont aussi culturels. Il n’est pas toujours facile, pour un père, de demander un congé, sous peine de passer pour un dilettante qui se désintéresse de sa carrière professionnelle.

La France n’est pas la Norvège, un pays où le congé parental comprend une période de trois mois exclusivement réservée aux pères. “Savez-vous qu’en ce moment, en Norvège, il y a deux ministres hommes qui sont en congé de paternité pour, je crois, une durée de près de deux mois ?”, souligne Laurence Parisot.

Anne Chemin

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1 mai 2011 Actualités